Kylala · Guides · Emprunter plutôt qu’acheter

Guide de terrain

Emprunter plutôt qu’acheter : plaidoyer pour la rue qui partage

Une statistique célèbre veut que la perceuse moyenne serve environ treize minutes dans toute sa vie. Personne ne sait très bien d’où sort ce chiffre, mais personne ne le conteste non plus, parce que nous avons tous ouvert ce tiroir-là. Le reste de sa vie, la perceuse le passe rangée. Ta rue possède déjà tout ce qu’il te faut ; tout l’art est dans la demande.

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L’économie honnête

La plupart des outils s’achètent pour une tâche, pas pour une passion. Il te faut un trou dans un mur, alors tu achètes une machine à faire des trous dans les murs, et la machine survit vingt ans au besoin, occupant un tiroir, rouillant doucement, attendant le deuxième trou. Multiplie par tous les foyers d’une rue et le tableau devient étrange : quarante perceuses, trente échelles, une douzaine de nettoyeurs haute pression, presque tous endormis à tout instant.

L’emprunt corrige l’arithmétique sans que personne ne dépense rien. L’outil qui dormait gagne enfin sa place ; l’emprunteur obtient son trou dans le mur pour le prix d’un merci ; et tous deux connaissent désormais une personne de plus dans la rue, ce qui, discrètement, est le vrai rendement.

Ce qui s’emprunte bien (et ce qui s’emprunte mal)

Les meilleurs candidats sont les objets à la fois chers, durables et rarement nécessaires :

Et certaines choses, tout simplement, s’empruntent mal, et prétendre le contraire engendre des rancœurs. Tout ce qui s’use sensiblement à chaque usage (lames de scie, ponceuses qui dévorent leurs propres disques) relève en réalité de la location, et se rend avec les consommables remplacés. Tout ce qui est personnel (les matelas, un casque après une chute, le bon couteau que son propriétaire affûte lui-même) reste à la maison. Et ce qui est irremplaçable n’est pas un outil, c’est un objet de famille ; voir plus bas.

Le savoir-vivre de l’emprunteur

Le prêt meurt de mille petites déceptions, jamais d’une seule grande. Le savoir-vivre qui le garde en vie tient en peu de lignes :

Les trois promesses de l’emprunteur

Tout ce qui précède tient en trois phrases, à dire à voix haute au moment de la remise : « Elle revient dimanche. Elle revient propre. S’il lui arrive quoi que ce soit, tu l’apprendras par moi d’abord, et je réparerai. » Dis-les, pense-les, et tu pourras tout emprunter dans la rue jusqu’à la fin de tes jours.

Prêter sans rancœur

Côté prêteur, il y a deux règles, et ce sont deux permissions plutôt que deux devoirs. D’abord : dis non librement. Un joyeux « désolé, celui-là ne quitte pas la maison » protège bien mieux l’amitié qu’un oui à contrecœur suivi de deux semaines d’inquiétude silencieuse. Une rue où le non est facile est une rue où le oui est honnête.

Ensuite : prête des outils, pas des objets de famille. Avant que quoi que ce soit ne quitte tes mains, demande-toi si tu pourrais hausser les épaules s’il revenait cassé. Si la réponse est non (parce que c’était celui de ton père, parce qu’il est réglé exactement comme il faut, parce que tu n’aurais pas les moyens de le remplacer), alors il n’est pas prêtable, et ce n’est pas grave. Prête la deuxième meilleure échelle. Garde l’objet de famille, et ta tranquillité, à la maison.

Être prêtable (ce voisin à qui l’on dit oui de bon cœur), c’est surtout le savoir-vivre ci-dessus, pratiqué au vu de tous, plus un seul geste : emprunte en premier. La personne qui t’a un jour demandé une échelle est celle de toute la rue à qui l’on en prête le plus volontiers.

La part que personne ne chiffre

Une échelle empruntée n’est jamais seulement une échelle. C’est une conversation sur le pas de la porte, un prénom appris, un service mis de côté dans les deux sens. Les foyers qui se partagent les outils sont les mêmes qui s’arrosent les plantes, se réceptionnent les colis et remarquent la fenêtre restée ouverte avant la pluie. Le tiroir à perceuse n’a jamais vraiment été une histoire de perceuses.

Publier une demande, étape un sur cinq : What do you need? Une grille de huit types colorés, de Give away à Something else.
Étape un sur cinq : de quoi as-tu besoin ? « Borrow & lend » et « Give away » sont deux des huit types.

Les questions auxquelles ce guide répond

Qu’est-ce qui s’emprunte bien entre voisins ?

Ce qui est cher, durable et rarement nécessaire : échelles, nettoyeurs haute pression, décolleuses à papier peint, carrelettes, vélos-cargos et remorques, matériel de fête, un déshumidificateur après une fuite. Ce qui s’use à chaque usage (lames de scie, disques de ponceuse) relève de la location ; le personnel ou l’irremplaçable reste à la maison.

Comment rendre ce qu’on a emprunté ?

En avance et propre, à la date convenue (« retour dimanche soir »). Remplace ce que tu as consommé : essence, papier de verre, agrafes, scotch. Un nettoyeur haute pression revient vidangé et enroulé, une échelle essuyée. Puis remercie assez fort pour que la rue l’entende ; la réputation est l’intérêt que touche le prêteur.

Et si je casse ce qu’on m’a prêté ?

Dis-le tout de suite et propose de réparer ou de remplacer, avant que le prêteur ne s’en aperçoive. Presque tous déclinent l’offre d’un geste ; fais-la quand même. La fêlure que tu avoues te coûte une réparation ; celle qu’on découvre te coûte la rue. Et côté prêteur, on ne prête que ce qu’on pourrait perdre sans drame.

La version en un geste

Kylala, une appli de quartier gratuite et privée, a un type Prêt & emprunt : pose une épingle et ta demande (« une échelle pour samedi ? ») atteint toute la rue d’un coup, sans groupe de discussion à rejoindre, sans numéros de téléphone échangés, sans vrai nom affiché. Le voisin qui en a une lève la main ; tu choisis. Les demandes s’effacent d’elles-mêmes au bout de deux semaines, si bien que la carte ne devient jamais un panneau d’affichage de vieilles annonces. Ça marche dans n’importe quel navigateur. Essaie Kylala, c’est gratuit.

Entrer dans la rue

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